a liberté -combien de définitions n'en citons-nous ? -reste dans la perception de tous comme un grand mot, même si la notion est tout à fait aporétique et opaque au moment où nous essayons de la définir, que soit de manière succincte ou exhaustive. Un mot grand, emblématique, symbolique, mobilisateur, martyrisant, béatifiant, extravagant, vengeant, victorieux, conquérant, dévastateur, manipulateur, moralisateur, salutaire, génial? La série d'épithètes et d'isotopies ne s'arrête pas là. Chaque définitionest l'expression concentrée de l'expérience humaine, cristallisée dans des chroniques, oeuvres littéraires appartenant à un patrimoine universel inestimable.
La liberté ne peut pas être expliquée par le prisme du métaphysique, pétrifié sur un segment de temps, la liberté peut et doit être expliquée par le prisme de l'infini, étendu en trois dimensions: espace, temps, volume; en d'autres termes -territoire, histoire, homme. Car, on fera la distinction entre la liberté redonnée au gladiateur dans la Rome Antique, la liberté de la pensée face à l'inquisition médiévale, la liberté conquise par les révolutionnaires français en 1789 d'un côté, et la libre circulation des personnes, capitaux et marchandises dans l'Union Européenne.
« La notion de liberté a connu une évolution dans le temps. L'histoire des civilisations nous enseigne que la liberté spirituelle est beaucoup plus précieuse que la liberté matérielle. Un peuple est d'autant plus libre s'il est cultivé et lettré. La liberté spirituelle délivre l'économie d'un État. Cette réalité est décrite de manière détaillée par Voltaire dans ses « Lettres philosophiques », publiées lors de son exil en Grande-Bretagne.
La philosophie et les sciences anglaises sont à l'avant-garde du mouvement intellectuel. L'Anglais s'affirme un type d'homme nouveau: libre en ses Pensées comme en ses actions, ne craignant rien en ce monde ni dans l'autre » -« Filosofia ?i ?tiin?ele engleze?ti sunt în avangarda mi?c?rii intelectuale. Englezul se afirm? drept un tip de om nou: liber atât în gândirile sale, cât ?i în ac?iuni, neavând fric? de nimic nici pe lumea aceasta, nici în cealalt? » (Voltaire, 2010, p.12).
Voltaire s'émerveille de la Bourse de Londres, dont on dit que c'est une place plus respectable que certaines cours royales. On peut y rencontrer des députés de toutes nationalités et confessions religieuses, qui se réunissent au nom du bien et de l'unité des hommes. La liberté dans un pays où il existe trente confessions religieuses génère la tolérance. Voilàune is otopie importante de la liberté. Sans tolérance il n'y a pas de liberté -c'est la conclusion à laquelle aboutit Voltaire dans son « Traité sur la tolérance », écrit et publié suite à l'affaire Calas de 1762 en France, conclusion absolument moderne, en consonance parfaite avec les valeurs générales humaines, institutionnalisées par de nombreuses résolutions et recommandations des organismes européens. Il est grand temps de reconnaître que Voltaire a jeté un regard visionnaire sur la réussite du parcours britannique vers la liberté institutionnalisée beaucoup plus tôt, glorifiant ainsi une autre vertu des Anglais telle que le courage. Bien sûr, d'autres peuples en ont fait preuve, mais ils n'ont pas pu obtenir la liberté convoitée (nous pensons aux Roumains de Bessarabie, dont on ne peut pas dire qu'ils sont libres autant spirituellement que matériellement):
« Il en a coûté sans doute pour établir la liberté en Angleterre; c'est dans des mers de sang qu'on a noyé l'idole du pouvoir despotique; mais les Anglais ne croient point avoir acheté trop cher de bonnes lois. Les autres nationsn'ont pas eu moins de troubles, n'ont pas versé moins de sang qu'eux; mais ce sang qu'elles ont répandu pour la cause de leur liberté n'a fait que cimenter leur servitude». (Voltaire, 2010, p.56).
Le désir de ne pas être contraint dans la pensée, dans l'action et les doléances tiennent de notre essence humaine. La liberté comme notion est inconcevable en dehors de l'Homme. L'Homme est le générateur de la liberté, son concepteur et la pensée nous amène au péché originel. Plus encore, la Femme a osé désobéir à Dieu, ayant goûté au fruit interdit. Même si c'est le Serpent qui à induit la Femme en tentation, nous avons l'appui du texte sacré pour affirmer que la Femme est à l'origine de la liberté, si primitive qu'elle soit -renfermée dans la membrane olfactive-gustative du fruit interdit. Les préoccupations telluriques du Créateur centré sur son OEuvre ont stigmatisé y inclus la malédiction d'Adam et Eve, qui ont été condamnés à une existence pleine de privations matérielles, maissurtout -finie dans l'espace et dans le temps. Ayant été privés d'immortalité, Adam et Eve, et à travers eux, l'humanité tout entière, a concentré tous ses espoirs sur ce qui apparemment semble pouvoir offrir le bonheurla Liberté. Le volume sémantique du mot Liberté ne peut aucunement être réduit à la définition proposée par le Trésor de la Langue Française : État de celui, de ce qui n'est pas soumis à une ou des contrainte(s) externe(s) ; à propos de l'homme (de ce qui le concerne) en tant qu'individu particulier ou en tant que membre d'une société politique. Condition de celui, de ce qui n'est pas soumis à la puissance contraignante d'autrui? (TLF, http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/visusel.exe?11;s= 3108411240;r=1;nat=; sol=0). S'il faut étendre cette définition, il est nécessaire de faire une précision très importante qui peut prendre la forme d'une signification générique: valeur (état, nécessité) existentielle consciente de l'Homme en vertu de laquelle celui-ci pense et agit à son gré, ou, selon la définition de Rousseau, il s'agirait d'une liberté naturelle:
La liberté naturelle c'est le droit illimité à tout ce que l'homme peut atteindre. (Rousseau,p.61).
Cette définition donne une signification générique d'une pureté native, qui ne prend pas en considération les contraintes d'une société organisée politiquement. Lesdites contraintes viennent avec l'institutionnalisation de l'État et du droit. L'instrument unique qui permet l'élaboration d'un système de normes et de lois est par excellence la langue. Ceux qui se sont adonnés à la mise en forme linguistique des lois de la nature et de l'homme sont les Philosophes de l'Antiquité. Aristote et Platon ont inauguré la vie des doctrines et des polémiques philosophiques. Les vérités écrites par eux ont été reprises, perfectionnées, détaillées par les intellectuels de la modernité.
Les intellectuels, les tribuns, les érudits, les philosophes constituent les élites des société organisées institutionnellement.Ils comprennent le mieux l'essence des choses, transmettent la lumière de la sagesse, prédisent la marche des événements grâce à un esprit visionnaire. En termes contemporains il s'agirait des intellectuels.Les intellectuels sont les dépositaires par excellence de la liberté de pensée.Rien n'est plus libre que la pensée, la raison. Rien ne vous rend plus libre que la vérité, découverte et disséminée sans contraintes ou persécutions. La vérité suprême c'est Dieu, et la vérité sur l'existentialité humaine est à la portée du philosophe-intellectuel, du savant, capable de voir au-delà des apparences impénétrables et de discerner les antinomies conflictuelles, porteuses de mort et destruction des antinomies dialectiques, créatrices de progrès et de développement.
Un Philosophe dans le sens originel du mot est l'homme qui de manière désintéressée cherche la vérité, étant guidé uniquement par sa vocation. En fait, si l'on doit croire les propos de Hegel, les vrais philosophes n'existent plus, il existe plutôt des systèmes de pensée. Les philosophes de l'Antiquité ont largement contribué à la promotion des sciences et des arts afin de perpétuer l'esprit créateur, de fortifier ainsi la Cité, de pérenniser la civilisation, faisant de la place à l'édification des sociétés futures.Parfois l'histoire nous offre des exemples d'intolérance de la Cité vis-à-vis de la liberté de la pensée philosophique, l'exemple le plus illustre étant celui de Socrate, le philosophe-martyr de la Grèce antique. Socrate n'a pas écrit sa doctrine, il l'a vécue.
« Socrate, qui approcha le plus près de la connaissance du Créateur, en porta la peine et mourut martyr de la Divinité[?] on lui imputait d'inspirer aux jeunes gens des maximes contre la religion et le gouvernement [?] il eut d'abord deux cent vingt voix pour lui. Le tribunal des Cinq-cents possédait deux cent vingt philosophes: c'est beaucoup, je doute qu'on les trouve ailleurs.». (Voltaire, 2009, p.62).
De toute façon, les 220 voix des philosophes qui ont voté contre la peine de mort pour Socrate n'ont pas suffi à son salut. Des noms notoires de l'histoire de la pensée scientifique philosophique qui ont payé de leur vie la liberté de pensée nous reviennent dans la mémoire : l'éditeur érudit et le traducteur français du XVI siècle Étienne Dolet, le traducteur de la Bible de l'hébreu, du grec et du latin vers le français l'olivétain Secondo Lancelotti, le traducteur de la Bible de l'hébreu, du grec et du latin vers l'anglais Tyndale, le philosophe réformateur Jan Huss -eux ainsi que beaucoup d'autres sont morts par empoisonnement ou ont été condamnés à mort ayant été brûlés publiquement. La liste pourrait être complétée. Ils ont été annihilés physiquement, mais la vérité ne peut pas être brûlée sur le bûcher, ni empoisonnée.
Les Cités tout au long de l'histoire ont su « se procurer » des philosophes afin de justifier les guerres, les croisades ou les constructions. Préoccupés à la source par l'interprétation de la Bible et à prôner la divinité au sein du peuple, les philosophes de vocation cèdent la place aux philosophes rémunérés. « Les philosophes rémunérés » des Cités, suivant les termes de Hegel, sont les précurseurs des intellectuels modernes, engagés politiquement. Les sages de la Cour, les conseillers, les représentants des « Lumières » qui entouraient les Césars, les monarques, les princes, les tsars ou les dictateurs ont exercé une influence déterminante sur la marche de l'histoire, en domptant souvent la fureur des tyrans, en éteignant le bûcher des guerres, mais aussi en contribuant à l'épanouissement ou la chute des empires. L'humanité a parcouru un long chemin pour aboutir à l'affirmation de la liberté en tant que valeur existentielle suprême et de la vérité en tant que victoire de la raison sur l'obscurantisme. Est-ce que l'engagement du philosophe pour de l'argent aux services de la Cité est une corruption intellectuelle? Le monde idéique du philosophe tissu de vérités pensées, de vérités absolues, dégrade le moment où lui, le philosophe, dévie de ces vérités, en livrant aux services de la Cité ou de la Politique des pseudo-vérités, dites ou écrites sur la trivialité de l'écriture corrompue.
Graphe 1 : Le cercle de valeurs du philosophe intellectuel.
La Politique a envahi les sociétés antiques et modernes, devenant un phénomène supranational, issu des doctrines et idées philosophiques, mises au service des hommes du pouvoir. Dans ce sens, le philosopheintellectuel a deux options : attendre de manière contemplative la succession naturelle ou aléatoire des événements dans la société, en restant dans son espace idéique isolé de la matérialité sociale, ou influencer directement la succession événementielle dans la société en s'impliquant activement dans la sphère politique.
Depuis « Le Prince » de Machiavel jusqu'aux mémoires des ex-chefs d'État, traités de politologie, d'ores et déjà le philosophe-intellectuel n'est plus appelé à discerner entre le bien et le mal, à conseiller les hommes du pouvoir, mais à s'impliquer dans les affaires de l'État. L'implication et l'engagement ferme semblent être deux concepts différents. L'implication de l'intellectuel dans les affaires de l'État vient de son désir incontournable de changer le monde, de le perfectionner, de le rendre plus beau, plus juste, plus correct. Faire changer le monde afin de le perfectionner est un désidératif noble qui découle de l'existence même du philosophe, de sa raison d'être. L'engagement politique du philosophe suppose parfois la corruption intellectuelle et n'exclut pas la trahison par lui de ses propres convictions, principes et vérités, au nom de la promotion d'une pseudo-vérité ou d'un mensonge par transfert d'autorité vers la sphère politique. Il existe des voix qui soutiennent que l'implication des philosophes dans la politique est inutile:
«Les intellectuels n'ont rien à chercher sur la même scène que les politiciens. Ce n'est pas leur affaire de se mêler du vacarme du siècle, de se dissiper sur la place publique, s'abandonner à une problématique contingente. Laisser de côté la vie contemplative, remplacer les grandes questions de l'esprit par des anxiétés triviales et conjoncturelles signifie trahir la condition d'intellectuel, scarifier le talent qui t'a été donné. » (Plesu, 2007, p.70).
Mais les préceptes « laïques » ne se font pas entendre chez les philosophes. Comme à l'époque de l'Antiquité, les philosophes veulent participer aux affaires de l'État, étant inspirés par le conflit biblique irréconciliable: le combat entre le Bien et le Mal. Le motif du crime fratricide Cain -Abel constitue la pierre philosophale de toutes les doctrines. Les philosophes sont toujours là, au devoir, la plume ou le discours prêt à convaincre, à agir, à déterminer et à remporter la victoire.
Comme on le sait, l'arme parfaite des philosophes pour affirmer la vérité et faire l'éloge de la liberté de la pensée a depuis toujours été et continue d'être le mot. La Langue est une révélation quand elle se trouve au service du philosophe-intellectuel libre, mais devient une malédiction dans le cas du philosophe-intellectuel engagé politiquement. Gabriel Liiecanu va encore plus loin en affirmant que la langue est:
« Un instrument divin qui se pervertit rien qu'en devenant utilité humaine? l'Homme est libre, mais aussi déchu, il peut également bien utiliser la langue soit dans le sens de la vérité, soit dans le sens du mensonge. » (Liiceanu, 2006, p.12).
Graphe 2 : Les isotopies du discours philosophique.
La langue est un pouvoir, la langue et le pouvoir sont inséparables, j'ai essayé de le démontrer dans certains de mes articles (Gutu, 2010, p.17-32). La langue de bois des régimes totalitaires communistes a servi d'apanage indispensable à la construction d'une société basée sur le mensonge et la haine. Le mensonge et la haine, conçus et organisés intellectuellement, en commençant par la fin du XIX siècle, institutionnalisés au début du XX-e siècle pour manipuler les peuples et les nations, se sont avérés les piliers de la doctrine communiste. Dans un régime totalitaire communiste:
« ?le mensonge devient la colonne vertébrale du Mal, car il est utilisé non pas contre un ennemi externe, qui menace l'existence de ta propre collectivité, mais contre cette même collectivité. » (Liiceanu, 2006, p.61).
Le mensonge prôné au sein du peuple, élevé au rang de vérité, diffusé avec insistance durant des années laisse des séquelles inguérissables pour des années dans la mentalité collective, en la privant de mémoire historique et d'essence identitaire. C'est justement cela qui nous arrive, à nous les Roumains de Bessarabie, suite à la dictature communiste durant plus de cinquante ans.
« Jamais on ne corrompt un peuple, mais souvent on le trompe, et c'est alors seulement qu'il parait vouloir ce qui est mal.». (Rousseau, 2010, p.68) Liiceanu propose aussi une classification des intellectuels des régimes totalitaires-communistes : les intellectuels qui ont cru le mensonge de l'idéologie communiste, mais qui ont reconnu leur erreur (les réveillés), les intellectuels qui ont cru le mensonge communiste jusqu'à leur dernière heure, même au moment où ils ont été fusillés par leurs collègues de parti (les hypnotisés), la troisième catégorie -ce sont les intellectuels qui ont su dès le début que l'idéologie communiste était un mensonge, mais qui ont continué de la propager, ils mentaient consciemment, c'est avec eux qu'on a construit le communisme à l'échelle planétaire. (Liiceanu, 2006, pp.64-66).
Les régimes totalitaires-communistes, ayant comme idéologues Marx et Lénine, qui ont été euxmêmes transis de haine contre le genre humain (Marx pour le fait qu'il n'a jamais réussi à obtenir aucune chaire dans les universités allemandes, Lénine pour le fait qu'il avait été renvoyé de l'université et n'a jamais terminé ses études), ont institutionnalisé la haine de classe, en la redirigeant contre les intellectuels, même si c'étaient ces derniers qui avaient été les concepteurs de la révolution russe. Il n'y a jamais eu dans l'histoire des sociétés une machine plus bestiale de destruction des intellectuels que la machine du communisme. Les intellectuels ont été annihilés physiquement par extermination ou travaux dans les goulags, ou ont été réduits au silence par un asservissement moral-spirituel. Résultat -toute une littérature héritée, engagée idéologiquement (Gutu, 2009), dépourvue d'essence et créativité.
« Du moment où la haine est dotée d'idéologie, elle devient organisée intellectuellement. ? En organisant intellectuellement la haine, l'idéologie déforme fatalement la vérité et cultive systématiquement la haine. L'esprit plongé dans l'obscurité de la haine ne peut pas avoir accès à la vérité, mais seulement au mensonge, au faux. » (Liiceanu, 2007, pp. 66-67).
Graphe 3 : La typologie des philosophes intellectuels dans la société moderne.
Dans les époques des grandes monarchies les victimes des disgrâces du peuple étaient toujours les rois, les reines. Le déferlement des révolutions européennes, inauguré par la révolution française, a fait tomber les têtes du haut des pyramides monarchiques, une réplique de cette tradition ayant été la fin des Ceausescu en Roumanie en décembre 1989. Or, la fragilité dont ont fait preuve les intellectuels engagés idéologiquement à l'époque totalitaire communiste a généré une sorte d'intolérance à l'égard des intellectuels, des philosophes, des poètes. On incrimine les intellectuels poir leur manque de caractère, de conséquence, de pouvoir et de volonté, comme le mentionne Andrei Plesu: « Une grande partie de la population autochtone est plutôt ennuyée par les intellectuels. Ils sont en général des quidams qu'on ne comprend pas, et qui ne te comprennent pas, des personnages sur lesquels on ne peut pas compter, des inutiles qui devraient s'occuper de leurs affaires s'ils peuvent toutefois servir à quelque chose. » (Plesu, 2007, p.67) Ces attitudes persistent, les échecs et les ratés étant attribués aux intellectuels, leur contribution étant négligée et sous-appréciée surtout lors des moments de crise dans l'histoire. Dans le cas présent nous faisons référence aux événements de 1989 qui ont eu lieu en République de Moldavie, quand une véritable révolution des poètes a eu lieu, ces derniers ayant été à la source du mouvement de renaissance nationale. Il est vrai que la révolution a été volée par les exnomenklaturistes KGB-istes, qui sont venus au pouvoir pour s'enrichir et non pas pour rompre définitivement avec le passé communiste. Les intellectuels ont servi leur patrie en 1989 en République de Moldavie, mais ce n'était pas de leur compétence de remettre le jeune État sur les rails de la technocratie. Les intellectuels ont accompli une mission très importante : ils ont apporté la liberté de la pensée, ils ont initié la réforme dans l'éducation et la culture, fait qui a donné des fruitsl'apparition des générations jeunes, qui, à leur tour, ont contribué à la chute du régime néo-communiste en avril 2009 en déclenchant la Révolution Twitter.
La démocratisation des sociétés posttotalitaires a placé au premier plan l'activisme et l'engagement politique des intellectuels. La République de Moldavie est une démocratie émergente, certains phénomènes socio-politiques sont absolument nouveaux pour notre société. Les habitudes comportementales des intellectuels de la République de Moldavie sont souvent alourdies par la mémoire des engagements idéologiques du passé. La vénalité basée exclusivement sur le facteur matériel, « sélectionne » parmi les intellectuels les plus adaptables et pragmatiques, le plus souvent le phénomène étant répandu dans les milieu journalistiques, plus rarement parmi les poètes, savants, ces derniers étant des moralistes-philosophes du style traditionnel défini par Hegel. Sans eux -les philosophes-moralistes -qui resteront à jamais en dehors du politique, qui veillent à l'intégrité spirituelle de la nation, aucun État n'a d'avenir: « Sans la prestation des moralists l'humanité se déboussole. Un monde dans lequel personne ne prend le parti du spirituel, dans lequel personne ne défend les valeurs de bonhomie, justesse et ne les oppose pas "aux passions laïques", c'est un monde qui glisse vers le matériel le plus pur et finit dans la bestialité.» (Liiceanu, 2007, p.102).
Les intellectuels vénaux qui ont toujours été engagés politiquement, indifféremment de la couleur du pouvoir, sont définis par Gabriel Liiceanu comme des « flagorneurs ». Ceux-ci se complaisent à se nommer intellectuels, ont des prétendues ambitions politiques, s'adjugent des performances intellectuelles dont ils ne sont pas les auteurs, s'auto-pilotent dans les milieux publics, en réussissant aisément à se procurer la faveur du pouvoir en recourant à des prévarications financières et à la corruption. De véritables caméléons, lesdits quidams se portent très bien, reniant sans difficulté les principes pour lesquels ils plaidaient hier au profit des principes, même contraires, qui conviennent au pouvoir aujourd'hui. « Le mot "flagorneur" est attribué à l'individu qui, après avoir déçu ses prochains par sa prestation dans le communisme, au lieu de se retirer de la scène sociale avec un air d'excuse, persiste, métamorphosé, Global Journal of Human Social Science pour décevoir ses prochains une seconde fois. Il s'agit, donc, du flagorneur auto-potentialisé historiquement. Il se trouve en ce moment, après avoir salutairement atteint l'autre rive, dans les plus importantes institutions de l'État et dans les points cardinaux de la société roumaine. » ( Liiceanu, 2007, p.150).
L'intégrité des principes est la condition sine qua non pour celui qui veut se nommer intellectuel. Cette intégrité, dans son expression pure, peut être sauvegardée en dehors du politique. La lucidité et l'équidistance, tant nécessaires pour générer des jugements de valeur, restent intactes dans le cas des raisonnements formulés avec détachement, le philosophe se guidant uniquement sur sa propre expérience, sagesse et intuition visionnaire. L'élan de l'intellectuel pour intervenir dans le changement du monde, le rendre meilleur par son implication dans la politique, est freiné par la trivialité ludique et spéculatrice des intrigues et arrangements d'ordre conjoncturel. La décision de persévérer dépend du type de tempérament, même si les intellectuels le plus souvent sont des mélancoliques. La réalité nous confirme que les intellectuels ne renoncent jamais à leur mission de faire changer le monde et acceptent leur rôle de conseillers publics ou « de l'ombre » de ceux qui se trouvent au pouvoir.
« Entre l'intellectuel qui participe directement au jeu politique et celui qui l'ignore, le dernier temps on voit de plus en plus souvent l'intellectuel qui influence la marche des événements, restant en dehors de son vacarme » (Plesu, 2007, p.72).
L'exemple de l'Académie Française en est une preuve éloquente. Les prises d'attitude vis-à-vis des événements ou phénomènes importants de la société française sont prophétiques et font partie du patrimoine inaliénable de la France. André Malraux a été et reste encore l'intellectuel numéro un de la France: écrivain, orateur, ministre dans différentes positions gouvernementales, il s'est engagé politiquement en faveur de la culture. Un grand pays a donné à l'humanité de grands intellectuels. Ce qu'écrivait jadis Voltaire à propos de la liberté conquise par les Anglais est parfaitement valable pour les Français. Voltaire a vanté l'expérience des Anglais par ressentiment à l'égard de la monarchie française qui l'avait exilé. Nous, nous sommes suffisamment réalistes pour apprécier le sacrifice de la France et son apport substantiel à la marche victorieuse de la Liberté au XIX-e siècle : Chateaubriand, Benjamin Constant, Balzac, Georges Sand, Gustave Flaubert, Charles Baudelaire, Pierre Larousse, Victor Hugo -voilà quelques noms de résonance des philosophes-intellectuels français qui ont oeuvré à la gloire de l'État français.
L'espace roumain a donné à l'universalité des noms notoires d'intellectuels qui ont délivré les esprits, le plus renommé étant Mihai Eminescu, le symbole de la liberté du génie créateur, poète, tribun, publiciste.
Mircea Eliade, Constantin Noica, Titu Maiorescu, Emil Cioran, Bogdan Petriceicu-Ha?deu, nés en Bessarabievoici seulement quelsues noms d'intellectuels roumains qui réellement ont contribué au changement du monde dans les temps dans lesquels ils ont vécu et activé. Sans doute, les historiographes de l'avenir vont répertorier les noms de philosophes roumains contemporains qui veillent de l'extérieur ou de l'intérieur du politique au développement correct de la société. Les philosophes constituent la richesse la plus grande d'un pays, ils prônent les valeurs idéalistes suprêmes: la liberté de la pensée et la vérité. Les philosophesintellectuels d'un pays jettent les fondements de la raison d'être -du sens existentiel de celui-ci -, en lui assurant les prémisses nécessaires à sa modernisation. Un État sans philosophie et sans philosophes reste une entité géo-politique en dérive, incapable de déterminer le présent et l'avenir.
Dites-moi qui sont vos philosophes et je vous dirai quel est votre pays.